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 La Maison de l'Inspir

Retraite d'hiver chez soi 2014-2015

Rédigé par Maison de l'Inspir

Retraite d'hiver chez soi 2014-2015

Tous les messages sont postés à la suite des uns des autres

La Retraite d’Hiver qui dure trois mois, est l’équivalent de la Retraite “varśa” de la saison des pluies qui existe dans les monastères de différentes traditions bouddhistes. Elle nous vient de l’époque de la vie du Bouddha, lorsque les moines et moniales voyageaient et enseignaient le Dharma dans les régions de l’Inde au cours de l’année. Au moment de la saison des pluies, leur déplacement était rendu difficile et ils se rassemblaient alors en communauté pour étudier et pratiquer le Dharma, ainsi que pour partager un mode de vie et de pratique.

Aujourd’hui les membres monastiques de la Sangha continuent cette tradition et se retrouvent pour pratiquer ensemble trois mois par an. C’est un temps durant lequel Thay et les frères et sœurs monastiques des différents monastères du Village des Pruniers ne voyagent pas et ainsi peuvent approfondir leur propre pratique, cultiver la fraternité et avoir le bonheur de pratiquer ensemble.

Beaucoup d'amis laïques souhaitaient pouvoir participer à cette retraite de trois mois mais ne pouvaient s'absenter pour une si longue période et de là est née l'idée il y a 6 ans de créer une "retraite d'hiver chez soi". De cette façon les amis souhaitant approfondir leur pratique de la pleine conscience peuvent également tout en restant chez eux, participer à cette retraite et récolter les magnifiques fruits de la pratique de la pleine conscience et recevoir le soutien de la quadruple sangha. La retraite d’hiver chez soi est un voyage intérieur, un voyage vers la non-peur qui nous réservera des moments de grandes découvertes et quelques surprises.

Si vous souhaitez vous embarquer pour ce voyage nous vous invitons à marquer le début de celui-ci en faisant une petite cérémonie comme nous le faisons dans notre monastère, (comme par exemple allumer une bougie, un peu d'encens, et vous asseoir quelques minutes pour imprimer en vous ce vœu d'approfondir votre pratique), vous pouvez le faire avec votre sangha locale, avec des amis de pratique ou bien seul(e).

Se préparer à accueillir les beaux moments, apprendre à apprivoiser les moments plus difficiles demande de s’y préparer comme on prépare un voyage et les grands voyageurs ont appris à voyager léger.

Dans notre petit monastère de la Maison de l'Inspir la cérémonie d'ouverture de notre retraite d'hiver aura lieu le dimanche 16 novembre à 10h. Si vous souhaitez y participer vous êtes les bienvenus. Elle sera suivie d'une marche méditative, d'un repas pris tous ensemble. (Merci d'apporter un plat végétalien (sans viande, poisson, œufs ou produits laitiers pour 4/5 personnes que nous mettons en commun) et l'après-midi nous célébrerons le commencement de cette retraite d'hiver "joyeusement ensemble" autour d'une tasse de thé.

Dans la tradition monastique, nous avons la grande chance de ne pas avoir à sortir du centre de pratique ou du monastère durant trois mois. Nous nous donnons des frontières physiques mais également nous réduisons les conversations téléphoniques, l’usage de l’internet (voir l’enseignement de Thây « Notre cheval c’est la technologie »en fin de page), etc. Cela nous permet de faire un véritable retour en nous-mêmes et de ne pas nous perdre, nous cacher ou nous enfuir dans des distractions extérieures. Non pour nous cloîtrer et nous limiter, mais pour nous permettre de retourner à l'essentiel, de ne plus nous enfuir dans ces choses et ainsi pouvoir regarder en profondeur ce qui est en nous et dont nous ignorons souvent l'appel, trop occupé par des milliers d'autres choses.

Bien sûr beaucoup d'entre vous n'ont pas la possibilité d'arrêter le travail, de ne plus prendre le métro ou le bus, de ne plus faire les courses, de ne plus sortir, voir des amis, etc...la vie continue.

Avant de démarrer la retraite d’hiver, nous sommes invités à apprendre à s’alléger de ce qui nous encombre, par exemple avec les objets qui nous entourent : que peut-on donner, recycler, trier, ranger ?

S’alléger en simplifiant, en prenant le temps de s’arrêter pour contacter les résistances qui nous font accumuler des choses, celles qui nous incitent à nous perdre en conjectures et ruminations. S’alléger et simplifier non pas dans un renoncement austère, mais dans un mouvement qui nous apporte de la joie. Alléger et simplifier donnent de la place pour embellir. Nous pouvons embellir en donnant de l’espace aux objets dans notre environnement, embellir en donnant de l’espace en nous et dans nos relations. Ayant de l’espace pour permettre à notre créativité de s’y déployer, nous saurons alors que faire pour simplement, légèrement embellir notre lieu de vie.

Que les pratiques soient dans la tonalité du don « Ce que vous donnez est ce que vous recevez » (Le cœur des enseignements du Bouddha chapitre 25 les six paramitas) « Que vous offriez votre présence, votre stabilité, votre fraîcheur, votre solidité, votre liberté ou votre compréhension, votre don peut produire un miracle. Dana paramita est la pratique de l’amour. »

Propositions de pratiques pour cette retraite:

Le thème sera :

Les Paramitas ; chemin de l’amour véritable

- Cette année nous aurons six messages environ qui serviront de guide dans la pratique personnelle. Nous vous proposons de méditer sur les six Paramitas. Le livre « Le cœur des enseignements du Bouddha » sera le support pour nous inspirer dans la pratique des Paramitas et vous proposer quelques exercices

- Reprenons notre journal pour y inscrire nos gratitudes et nos conditions de bonheur. Nous pouvons les partager avec les amies, amis, apprendre à utiliser les moyens habiles –upaya- pour les offrir à des personnes plus distantes, voisins etc…et soyons assez audacieux pour les offrir à des personnes que nous n’apprécions pas.

- Essayons de nous retrouver pour échanger sur notre expérience de la retraite d’hiver chez soi entre amies, amis ou avec la Sangha

- Nous ne savons pas encore comment nous pourrons disposer des enseignements, aussi nous vous invitons à consulter régulièrement le Blog pour vous tenir informés

Il n'est pas nécessaire de vous inscrire pour suivre cette retraite d'hiver chez soi, si vous souhaitez être prévenu lorsqu'un message est mis sur le blog il vous suffit d'inscrire votre adresse email sur notre blog dans la rubrique "s'abonner".

Notre cheval, c’est la technologie

(extrait d'un enseignement offert par Thay en 2013 aux employés de la compagnie Google aux USA)

"La retraite d’hiver va démarrer dans quelques jours et va durer 90 jours. La retraite d’hiver est la plus belle retraite du Village des Pruniers parce que nous pouvons aller en profondeur dans les enseignements et que nous disposons de beaucoup de temps pour construire la fraternité et la sororité et pour nous transformer. Pendant la retraite d’hiver, nous devons rester dans les limites du monastère et avec la Sangha. Nous n’avons pas la permission d’en sortir, même avec internet….

Il y a une histoire Zen concernant un cavalier sur un cheval au grand galop. À un croisement un de ses amis lui cria « Où vas-tu », le cavalier lui répondit « Je ne sais pas, demande à mon cheval »

C’est notre situation, notre cheval, c’est la technologie et nous ne pouvons pas la contrôler. Aussi nous devons commencer avec cette intention en nous demandant que voulons-nous ?...Rechercher une information sur l’ordinateur devient une façon de nous distraire de nos problèmes. De cette façon, nous courrons loin de nous-mêmes, de notre famille, de notre Terre Mère. En tant que civilisation, nous allons dans la mauvaise direction. Même si nous ne tuons ou volons personne, nous sommes en train de perdre notre vie. Si vous n’avez pas de temps pour prendre soin de votre famille, de la nature, faire de l’argent ainsi vous coutera votre vie, votre bonheur et de la vie et du bonheur de vos bien-aimés et de la Terre Mère. Ainsi cette façon de faire de l’argent, c’est l’enfer. Mais y-a-t ’il une façon de faire de l’argent qui ne soit pas l’enfer."

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Les six Paramita, chemin de l'amour véritable

Premier message retraite d'hiver 2014/2015 : Dana Paramita

Le Bouddha a dit « N'attendez pas que l'autre rive vienne à vous. Si vous voulez passer sur l'autre rive : la rive de la sécurité, du bien-être, de la non-peur et de la non-colère, il vous faudra nager ou ramer. Vous devez faire un effort. »(1) Cet effort est la pratique des six Paramita

Paramita peut-être traduit par « perfection », c'est un chemin de compréhension de l'amour véritable qui nous mène vers l'autre rive.

«Pour nous, au Village des Pruniers, l'enseignement du Bouddha - le Dharma- est assez simple à comprendre. On a rendu le Dharma trop compliqué, mais ici, au Village des Pruniers, on tâche de garder cette simplicité du Dharma. C'est simple, c'est profond et c'est faisable »(2)

Nous vous invitons à envisager les Paramita sous cet angle ; simple profond et faisable.

La première des six Paramita est dana paramita : la perfection du don.

Nous pouvons faire don de ce que nous possédons, mais nos biens s'épuisent.

Nous pouvons aussi faire don de ce que nous sommes et ces dons nous enrichissent : « vous recevez ce que vous offrez » (1)

Le plus grand cadeau est le don du Dharma et de la non-peur, c'est ce que nous propose Thây lorsqu'il nous invite à faire don de notre présence, de notre stabilité, de notre liberté, de notre fraîcheur, de notre paix et d'offrir de l'espace.

La générosité est un entraînement.

Le deuxième entraînement, « bonheur véritable », nous offre des moyens très concrets de pratiquer la générosité.

Petits exercices

1) « Je suis là pour toi, mon corps »

Dans ses enseignements Thây nous invite constamment à revenir au corps et à appliquer le premier mantra « je suis là pour toi » à nous-mêmes et à notre corps.

« Notre corps commence avec l’inspiration et l'expiration, notre corps a besoin de la compassion et la compassion dirigée vers notre corps est le commencement de l'amour véritable »(2)

Quand sommes-nous vraiment là pour notre corps ?

Observons les moments de notre vie quotidienne (les trajets, le travail, les tâches domestiques...) où nous sommes vraiment là pour notre corps.

Nous pouvons noter dans notre journal quelques moments privilégiés où nous sommes là « avec notre corps pour célébrer la vie »(2).

2) Les petits cadeaux pour soigner sa colère.

« Lorsqu'on est colère contre quelqu'un, si on a tout essayé et que l'on se sent toujours en colère, il faut pratiquer dana paramita. Quand on est en colère, on a tendance à vouloir punir l'autre. Mais cela ne fera qu'empirer la souffrance. Le Bouddha nous suggère plutôt de lui offrir un cadeau » (1).

En cette période proche des fêtes de fin d'année, pouvons-nous préparer un cadeau pour des personnes contre lesquelles nous sentons de l'irritation ou de la colère et trouver le moment opportun pour l'offrir ?

3) Savoir accueillir la générosité de l'autre.

Nous avons peut-être souvent entendu ou dit nous-mêmes en recevant un cadeau « Ah, il ne fallait pas ! ».

Est-ce vraiment un mot de gratitude ?

Savons-nous entrer en contact avec la générosité de l'autre ?

Savons-nous voir tous les cadeaux qui nous sont offerts par des personnes plus ou moins proches et par la vie ? Prenons conscience de notre façon de remercier lorsque nous recevons un cadeau et pratiquons le deuxième mantra

« Je sais que tu es là et j'en suis très heureux (se) ».

La présence de nos bien-aimés est un cadeau de la vie.

4) Offrir un sourire.

Le cadeau que nous portons avec nous et que nous pouvons nous offrir à nous-mêmes et aux autres à n’importe quel moment de la journée, c’est l’offrande d’un sourire. Essayez, vous découvrirez combien un sourire du cœur apporte beaucoup de bonheur autour en soi et autour de soi.

La générosité nous libère et nous donne de l'espace ; ouvrons grand nos bras !

Les citations en italique sont extraites de :

(1) « Le cœur des enseignements du Bouddha »

(2) Enseignement de la retraite francophone 6 avril 2014

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Témoignage sur la 1er Paramita : La pratique du don

Je crois que nous avons tous cette aspiration à contribuer au bien-être des autres et il y a bien des manières de le faire, de le vivre…

Expérience d’enfant: Ma mère qui, faisant partie de la conférence St Vincent de Paul (Catholique), a beaucoup donner de son temps pour les autres. Elle m’a transmis des graines de générosité, pour aider pour ceux qui souffrent, de valeurs d’attention à l’autre et j’ai beaucoup de gratitude pour cela.

A la maison j’ai entendu aussi souvent des phrases telles que je dois…..Il faut que….c’est encore une réunion de…. J’y ai vu, vécu, plus un état d’esprit de sacrifice que de sens et de joie Cette graine à partir de quel lieu j’’agis (devoir, sacrifice - conscience, joie de contribuer) a été une source d’apprentissage et est toujours une source de vigilance et d’attention pour moi.

Au-delà du don, de l’acte, ce qui compte, dans ma compréhension, est plus l’état d’esprit et le comment je le fais. Dans la phrase « Aime ton prochain comme toi-même » j’observe souvent l’oubli souvent de la deuxième partie. Si je ne m’offre pas une qualité de présence, d’écoute de compréhension, d’amour, que puis-je donner ? Quelle saveur aura mon don ?

Le don, quand je me relie au 2 eme entraînement, peut avoir plusieurs formes: Partages des ressources bien sûr, mais surtout du temps où je peux offrir à une personne ou à un collectif une qualité de présence, d’écoute et de compréhension, de partages, une stabilité, de la joie, de la liberté d’être ….

J’aime me relier au cycle du don : Tout ce que j’ai reçu, je peux l’offrir, et en donnant je reçois... J’arrive dans une période de ma vie (selon la norme sociale proche de la retraite)et je fais le choix de diminuer de moitié mon temps de travail professionnel (basé notamment sur la pratique du 4eme entraînement : La parole aimante et l’écoute profonde) pour offrir bénévolement plus de temps et compétences au service de collectifs et personnes Mon choix est de soutenir principalement des personnes qui en soutiennent d’autres (associations qui œuvrent dans les domaines des plus démunis, de la justice et des prisons, de l’éducation…) Soutien aussi pour le village des Pruniers, les Sanghas

Il y a une époque de ma Vie où je cherchais le « grand amour », je me sentais seule et triste Je peux toucher maintenant combien pratiquer la première Paramita, le don, avec conscience compréhension me permet de cultiver la joie et l’AMOUR

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Les six Paramita, chemin de l'amour véritable

Deuxième message retraite d'hiver chez soi 2014/2015 : Shila Paramita

Les entraînements inter-sont, pratiquer profondément un entrainement, c’est les pratiquer tous. Les Paramitas inter-sont, pratiquer profondément une Paramita, c’est les pratiquer toutes.

En écrivant :

« La pratique des cinq EPC est une forme d’amour, une forme de don.

Shila Paramita est le cadeau le plus précieux que nous puissions offrir à notre société, à notre famille, à ceux que nous aimons » (1)

Thây nous offre de porter un éclairage très profond sur les entrainements.

Nous avons tendance à voir les entrainements comme une contrainte, un devoir, un objectif à atteindre. Comment pouvons-nous les voir comme un acte d’amour, un don ?

Regardons les entrainements comme un joyau dont nous pouvons admirer toutes les facettes et attardons nous sur celle de l’amour et du don.

Propositions de pratiques

1) Comment apprendre à voir les entrainements sous l’angle de l’amour et du don (don de la présence, stabilité, liberté, fraicheur, espace) ?

Nous pouvons les lire et relire avec cette interrogation « A travers cet entraînement, que puis-je offrir de simple, profond et faisable ?» ? Ce peut-être une petite chose, une toute petite chose, mais indispensable comme un battement d’ailes de papillon ou une goutte d’eau dans un bec de colibri.

2) Offrir notre sourire et continuer à en découvrir les bienfaits en nous et autour de nous. Offrons un sourire communicatif, authentique, pas niais ou béat mais un sourire de profonde acceptation de nos fragilités, de notre vulnérabilité et donc de notre humanité.

C’est à partir de notre vulnérabilité que nous pouvons atteindre la richesse de la pratique de l’écoute profonde et de la parole aimante.

3) Continuons nos rendez-vous avec notre journal, les rendez-vous de la gratitude et de la contemplation de nos conditions de bonheurs et partageons.

Le Village est mobilisé autour de Thây, et n’est pas en mesure de nous offrir de nouveaux enseignements par internet, mais nous pouvons écouter et réécouter les enseignements qui sont en ligne, retenir un passage, une phrase qui peut nous inspirer une pratique simple ; par exemple un gâthâ ou un petit parcours de marche en pleine conscience.

Nous pouvons nous sentir fragiles et vulnérables, mais avec « le fruit de notre compréhension murissant doucement » (2) nous apprenons à développer notre confiance dans la voie du Bouddha.

« Conscients de la chance que nous avons d’être sur ce chemin de pratique, nous n’avons à nous faire de soucis pour le présent ni à avoir peur du futur »(3)

J’inspire, conscient-e- de la chance d’être sur ce chemin

J’expire, je souris à la vie…

(1) « Le cœur des enseignements du Bouddha

(2) Chant de l’offrande de l’encens

(3) Préambule des cinq entrainements à la pleine conscience.

Témoignage sur Shila Paramita

Lorsque j’ai reçu les 14 Entraînements à la Pleine Conscience en 1986, il n’y avait pas de transmission des 5 Entraînements à ce moment-là, et je me souviens avoir été touché par la profondeur et la simplicité de ces quelques mots, de ces quelques phrases qui formaient une base solide pour une pratique quotidienne de la pleine conscience. Les Entraînements n’étaient pas aussi complets qu’aujourd’hui, mais l’essentiel était déjà présent, très réalistes et faciles à mettre en pratique. Les 14 Entraînements ont été depuis enrichis, prenant en compte l’évolution rapide des techniques nouvelles qui facilitent la consommation de nombreuses nourritures toxiques, tant pour le corps que pour l’esprit, et nous font réaliser que ces nourritures sont là parfois même à notre insu.

Aujourd’hui nous avons les 5 Entraînements à la Pleine Conscience qui sont très complets et très adaptés à notre vie « moderne » et qui sont un guide précieux pour notre vie de tous les jours.

Pratiquer les Entraînements à la Pleine Conscience m’aide beaucoup à traverser les difficultés de la vie, à gérer avec succès les douleurs du passé, et à transformer bien des souffrances. Pour moi, les Entraînements sont comme une belle pierre que je polis sans cesse, que j’affine de mieux en mieux afin qu’elle soit toute douce ; c’est aussi un « koan », une parabole, que je visualise régulièrement pour être simplement en contact direct avec les évènements qui se produisent en moi et autour de moi, pour les accueillir avec douceur et compréhension…

Il y a bien des choses à dire, bien des expériences à raconter et le choix n’est pas aisé ; cependant, je vais partager avec vous une réalisation importante, assez récente, qui compte beaucoup dans ma vie.

Depuis longtemps j’ai réduit ma consommation de viande suite à ma prise de vœux dans l’Ordre de l’Inter-Etre, autrefois, et mon intention première a toujours été d’arriver à ne plus consommer de viande ni de poisson. Mais compte tenu de l’environnement familial, de ce qui m’a été inculqué pendant l’enfance, ce n’était pas aussi simple même si un jour Thầy m’a encouragé : « Jean-Pierre, manger végétarien c’est possible ». Et finalement, aujourd’hui j’ai la joie d’avoir atteint cette réalisation d’être devenu végétarien, même si je ne suis pas encore végétalien. « Oui, cher Thầy, je ne consomme plus de viande ni de poisson, et cela me procure du bonheur dans mon corps, dans mon esprit, et ma compassion pour tous ces animaux destinés à être mangés ne cesse de s’accroître. »

Curieusement je n’ai eu aucun effort à faire pour arriver à ce but ; c’était comme si mon corps tout entier refusait de continuer à absorber de la viande, comme si mon esprit tout entier se révoltait à cette idée, mais une sorte de révolte pacifique avec le regard de la compréhension.

J’ai simplement dit à mon épouse « Je ne mangerai plus de viande ni de poisson » ; cette demande que je lui avais déjà faite des années auparavant n’avait jamais rencontré une réponse favorable car sans doute je n’étais moi-même pas prêt. Par contre, aujourd’hui je suis beaucoup plus établi dans la pratique de la pleine conscience, et je trouve que c’est mon corps lui-même qui a pris la décision, sans appel, avec compassion ; cela, mon épouse l’a bien ressenti et dorénavant elle pratique davantage cette pleine conscience, même si elle mange parfois de la nourriture animale. Même mon fils qui ne s’implique pas du tout dans la méditation, préfère de temps en temps ne manger que des légumes et du tofu lorsqu’il est à la maison. Et même dans ma famille, chez mes sœurs, peu à peu s’installe cette prise de conscience lorsque je suis invité à déjeuner, pourtant ce n’est pas simple pour elles.

Aujourd’hui cela fait une année et demie que je ne prends plus de viande ni de poisson, et je ne ressens pas du tout le besoin d’en consommer à nouveau, car je vois clairement la souffrance que les animaux subissent dans leur vie, et je sais que cette souffrance est occasionnée par nous et pour notre plaisir de manger… juste pour notre plaisir ! Mais j’éprouve beaucoup de plaisir en mangeant des légumes ! Deux fois j’ai dû manger à nouveau du poisson et de la viande chez mes sœurs, et doucement j’en ai profité pour commencer à ouvrir leurs yeux sur un nouvel horizon. Les deux fois j’ai été malade !!

Je suis vraiment ravi de pouvoir maintenant être plus en accord avec les Entraînements à la Pleine Conscience, notamment le Premier, le Deuxième et le Cinquième Entraînement des 5 Entraînements à la Pleine Conscience. Je continue à polir ma pierre, je continue à porter devant moi les Préceptes, c’est l’effort nécessaire pour traverser la rivière et quitter la rive de la souffrance.

Pour finir je voudrais ajouter une anecdote : - quand j’étais enfant, je me suis retrouvé placé dans une ferme pendant 12 années et j’ai bien connu la vie animale. Et voilà ce que j’ai observé de la vie et de la mort dans une ferme : - la veille d’aller à l’abattoir, une vache a des larmes dans ses yeux, des larmes qui coulent sur sa joue… un cochon, le matin du jour prévu pour « tuer le cochon », refuse catégoriquement de sortir de lui-même de son étable… et le cheval, si intelligent, comprend tout ce qui se passe.

Chân Linh Từ

Compassion Sacrée Authentique

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Les Six Paramita, chemin de l’amour véritable

Troisième message de la Retraite d’Hiver 2014/2015 : Kshanti Paramita

:

« L’Inclusivité est la capacité de recevoir, de supporter et de transformer la peine infligée par vos ennemis et aussi par ceux qui vous aiment. » (Le Cœur des Enseignements du Bouddha – TNH)

Il y d'autres traductions possibles de Kshanti comme: la patience et la persévérance.

Cela nous amène à poser un regard de compréhension sur tous ceux qui nous entourent, chez nous dans notre famille, sur le lieu de notre travail, dans la société, dans toutes les activités de notre vie. Chaque personne est différente, les uns nous aimeront et les autres non, nous-mêmes nous préfèrerons telle ou telle personne plutôt qu’une autre.

Dans notre pratique de la méditation, apprenons à poser ce regard de compréhension de manière égale sur chacun d’entre nous, afin de développer notre vision profonde pour que l’amour et la compassion puissent naître.

Offrons une fleur de lotus à ceux que nous aimons et qui parfois nous font souffrir, et offrons aussi une fleur de lotus à ceux qui ne nous aiment pas, car eux aussi ont ce potentiel de la Nature de Bouddha.

- Pour développer notre Inclusivité, nous pouvons pratiquer les Quatre Etats Illimités :

  1. Apprendre à regarder en profondeur toutes les personnes qui nous entourent avec le cœur de la Bonté Aimante (Maitri), afin de comprendre les faiblesses et les souffrances propres à ces personnes.
  2. Apprendre à poser sur notre entourage un regard de Compassion (Karuna), pour recevoir, embrasser et transformer toutes les sensations et perceptions agréables et désagréables qui nous seront données de vivre avec notre entourage sans rien rejeter.
  3. Apprendre à générer et nourrir la Joie (Mudita), la joie de vivre son idéal de vie, de respirer, d’être présent et disponible pour autrui, d’avoir tout ce dont nous avons besoin dans cette vie, et même plus, d’avoir une famille, d’être encore en bonne santé, etc…
  4. Apprendre à pratiquer l’Equanimité (Upeksha), en accueillant, d’une manière égale, dans notre vie tous les évènements qui se produisent inévitablement, qu’ils soient heureux ou moins heureux, tout comme la Terre reçoit sans jamais se plaindre, l’eau fraîche de la pluie, les fleurs parfumées, l’herbe verte mais aussi nos déchets, notre pollution chimique, l’urine, les excréments…

- Nous pouvons continuer à cultiver la pratique du sourire. La période des fêtes est souvent riche en rencontres. C’est une période propice pour offrir notre sourire, être profondément en contact avec les personnes que nous rencontrons, les regarder en prononçant mentalement « Que tu sois heureux et en paix », rester sans attente d'un résultat, être dans la non-poursuite, conscients de nos sensations corporelles et de nos émotions.

Pratiquons l’Inclusivité en lien avec les autres Paramita, comme la compréhension, la générosité, la méditation, car l’Inclusivité pratiquée toute seule ne pourrait pas transformer notre souffrance.

Le Bouddha nous a offert cet enseignement :

« Si vous versez une poignée de sel dans un petit bol d’eau, vous ne pourrez sûrement pas boire cette eau, mais si vous versez une poignée de sel dans une rivière, alors sans aucun doute vous serez capable de boire l’eau de cette rivière malgré la poignée de sel. »

Témoignage sur la pratique de la méditation Metta

Lorsque je rencontre une émotion de tristesse, de peur ou de colère, ou toute autre émotion, je l'accueille avec bienveillance et je pratique comme le Bouddha nous l'a enseigné dans « le sutra de la respiration consciente » afin de calmer cette émotion et de m'ouvrir à la vision profonde.

J'appelle en moi les grands êtres: Bouddha, Avalokiteshvara, Jésus..Je sens leur présence dans mon cœur. En respirant avec eux, je fais germer dans mon cœur les graines de paix et de joie qui sont dans ma conscience du tréfonds.

Maintenant, je me mets en lien avec ceux de mes proches qui rencontrent en ce moment ce même type d'émotion. Je suis en empathie avec eux. Je sens leur présence et la présence des grands êtres en moi.

Un avec eux, j'envoie à mes proches de l'énergie d'amour et de compassion, de paix et de joie.

Puis je me tourne vers tous ceux, qui, en ce moment sur notre planète, sont emportés par cette même émotion. Je procède comme précédemment, je leur envoie de l'énergie d'amour et de compassion, de paix et de joie.

Dans cette démarche, je m'ouvre progressivement à l'inter-Etre par cercles concentriques de plus en plus grands. Je peux aussi continuer cette méditation en me mettant en lien avec la souffrance des animaux, des végétaux, de la terre et en leur envoyant de l'énergie d'amour et de paix.

Je peux aussi effectuer cette méditation sur l'Inclusivité par d'autres pratiques comme celle du toucher de la terre ou de la récitation chantée ou silencieuse du mantra "NamoValokiteshvara"

Si je répète cette méditation à chaque occasion où je rencontre des émotions souffrantes, mon cœur progressivement va s'agrandir. Je vais pouvoir supporter de mieux en mieux la souffrance occasionnée par les autres et les diverses situations sans être déstabilisé. Au contraire, ces souffrances vont être le compost des quatre qualités de l'amour illimité: La bonté aimante, la compassion, la joie et l'équanimité.

Dans la vision de l'inter-Etre, je vais prendre conscience que ta souffrance est ma souffrance, que ton bonheur est mon bonheur. Je ne vais plus me ressentir comme un petit moi isolé et séparé, mais de plus en plus en communion avec tous les êtres et avec le cosmos.

Je souhaite vous offrir ce poème de Thây qui illustre bien cette interdépendance:

"Tu es moi, et je suis toi,

N’est-il pas évident que nous inter-sommes?

Tu cultives la fleur qui est en toi, pour que je sois beau,

Je transforme les immondices qui sont en moi

Pour que tu ne souffres pas.

Je te soutiens, tu me soutiens.

Je suis dans ce monde pour t’offrir la paix,

Tu es dans ce monde pour être ma joie."

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Les six Paramita, chemin de l’amour véritable

Quatrième message de la retraite d’hiver 2014/2015 : Virya Paramita

Virya Paramita est la perfection de l’énergie ou la constance dans la pratique.

Cultiver la constance dans la pratique, c’est aussi cultiver notre patience et notre résistance « Soyez des ilots de résistance » nous enseigne Thay.

Que veut dire résister ou devenir résistant ? A quoi être résistant ? Et comment garder notre enthousiasme, notre douceur, notre bienveillance tout en restant fidèle à notre volition (ou détermination) ?

Nous vous proposons quelques pistes s’appuyant sur les enseignements de Thây à propos de l’effort juste

Propositions d'exercices.

1) Lire le chapitre correspondant dans « le coeur des enseignements du Bouddha » (page 262)

Sur le blog de la Maison de l'inspir, vous pourrez trouver en lignes des enseignements qui vous inspireront

2) Tracer de nouveaux chemins

Nous avons sûrement une énergie d’habitude, un petit travers, une manie qui agace notre entourage par exemple : oublier de fermer les lumières, laisser couler l’eau…

Prenons le temps de l’identifier (notre entourage peut nous y aider) et prenons la résolution de la transformer, avec douceur et patience envers nous-mêmes.

Donnons le temps à nos circuits neuronaux de « détricoter » cette énergie pour en « tricoter » une autre. C’est comme tracer un nouveau chemin en forêt, nous commençons à débroussailler, rien n’apparaît de façon évidente et nos anciennes énergies d’habitudes sont encore vigoureuses. La patience et la constance permettront de tracer ce nouveau chemin, nous aurons peut-être pris le risque d’avoir les mains égratignées et de nous être trompés quelquefois avant de trouver les bons passages.

C’est une des pratiques de l’effort juste.

Pour nous y aider, écrivons quelque part : constance, patience, douceur.

.

3) Savourer le bonheur de la pratique

Avons-nous goûté ces moments de bien-être, de clarté, où tout semble facile, simple, évident ? Comment ressentons-nous cet état dans notre corps ? Avons-nous gardé le goût de cette réussite dans la pratique ? Ces moments sont précieux. Ils nous aident à traverser les passages plus difficiles.

Soyons comme une mouette sur la vague, aussi heureuse de monter que de descendre avec la vague. Renoncer à toujours vouloir être en haut de la vague est un aspect de l'endurance dans la pratique.

4) Notre pratique du sourire

Nous avons pratiqué le sourire, sourire qui, progressivement, peut devenir plus naturel.

Nous avons expérimenté cette disposition d’esprit de bienveillance lorsque nous rencontrons une autre personne.

Si nous nous donnons de l’espace, alors nous nous préparons à l’accueil inconditionnel.

Suggestion d’exercices pour développer notre espace intérieur afin que notre sourire et notre bienveillance puissent s’y déployer :

- Portons notre attention sur l’espace entre les deux yeux, et essayons d’y installer détente et respiration.

- Portons notre attention sur l’espace entre les deux oreilles et essayons d’y installer détente et respiration.

- Observons nos sensations corporelles et notre paysage mental quels qu’ils soient en restant dans la non-poursuite, sans chercher à retrouver, à reproduire ou à éviter les sensations que nous avons expérimentées.

5) Concluons par une méditation sur un enseignement donné par le Bouddha à ses disciples et issu du Satipathana Soutra

« Quand le moine est en colère, il sait qu’il est en colère

Quand le moine n’est pas en colère, il sait qu’il n’est pas en colère »

Remarquons deux points :

- Il n’y a pas de jugement ; le Bouddha ne dit pas que c’est mal d’être en colère, mais simplement être conscient de son état de colère.

- il nous propose de prendre conscience aussi des moments où nous ne sommes pas en colère.

Nous pouvons adapter ces expressions pour notre propre usage, par exemple:

« Quand j’arrose les bonnes graines en moi, je sais que j’arrose les bonnes graines en moi

Quand je n’arrose pas les bonnes graines en moi, je sais que je n’arrose pas les bonnes graine en moi »

Et faisons preuve de créativité pour trouver des versions qui nous conviennent.

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Témoignage d'un de nos amis pratiquants

Chers Amis,

Dans ma pratique quotidienne de la pleine conscience et de la méditation, je ne fais pas de longues méditations assises, mais je choisis le plus souvent de ne faire que de petites séances de respirations conscientes le matin de bonne heure, suivies des mouvements de pleine conscience que nous a enseignés Thầy ; puis dans la journée, j’essaye d’utiliser au mieux certains moments pour entrer en profondeur et être en contact avec la chose que je suis en train de faire, comme le repassage des vêtements ou laver la vaisselle, ou encore balayer le sol en carrelage du salon. Ces actions sont alors les choses à faire les plus importantes de la journée, juste à ce moment-là, au moment où cela se produit, parce que je mets toute ma concentration possible pour faire chacun de ces actes. Et, comme je suis seul chez moi en général dans ces instants, la personne la plus importante avec qui je peux exécuter ces tâches est moi-même bien sûr, mais aussi le balai ou le fer à repasser ; les assiettes et les verres, l’eau, le robinet sont aussi des personnes importantes avec qui travailler. Voici une de mes façons de générer une énergie de pratique de la méditation afin de préserver ma joie de vivre.

Mais attention, tout n’est pas aussi facile, car il y a bien sûr des instants de relâchement peuplés de vieilles énergies d’habitudes, de soucis, de retours dans le passé ou même de peurs du futur… tout le monde connaît cela. Je dois aussi faire face à mes graines négatives parfois très fortes. Et certains jours le passé est lourd, la solitude bien présente. Alors que faire quand tout semble aller si mal ? On dit que l’espoir fait vivre, mais je n’aime pas cette idée, je préfère dire, pour moi-même, que la vie en moi me fait vivre, et que lorsque je sens la vie en moi s’écouler librement alors j’ai beaucoup de joie à offrir à autrui.

Il y a quelques années j’étais très malade, avec des angoisses invalidantes chroniques, et j’avais des crises presque tous les jours et toutes les nuits. Puis, un matin chez moi, j’ai eu une attaque soudaine, et ce jour-là j’ai refusé de tout mon être à prendre ce médicament très fort pour stopper la crise ; à la place du médicament, j’ai pris le balai et je me suis mis à balayer tout l’appartement le plus lentement possible, en respirant profondément et le plus calmement possible, ignorant la douleur du corps et ne cédant pas à la panique de l’esprit. Après quelques secondes qui m’ont paru très longues, la crise s’est rapidement atténuée et j’ai pu m’assoir complètement épuisé mais tellement heureux d’avoir réussi à entrer à nouveau en contact avec ma respiration.

Un jour Thầy nous avait enseigné qu’il ne faut pas attendre d’être sur une île déserte au milieu de l’océan pour commencer à pratiquer la pleine conscience de la respiration, mais plutôt être vigilant et assidu afin de bien entretenir le bateau qui nous porte.

Donc pour moi, la quatrième Paramita, la Perfection de l’énergie, de la persévérance et de la diligence, se résume à pratiquer plutôt par « petites touches », répétées tout au long de la journée, de présence complète à ce que je fais dans ma vie quotidienne, tout en gardant une attention sereine au corps et à la respiration ; surtout dans les moments plus difficiles où l’usage du balai, « pour balayer mon salon », reste encore un très bon médicament !!

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Les six Paramita, chemin de l’amour véritable

Cinquième message de la retraite d’hiver 2014/2015 : Dhyana Paramita

Dhyana Paramita : la perfection de la Méditation.

La méditation bouddhiste comporte deux aspects – shamatha et vipashyana. Nous avons tendance à souligner l’importance de vipashyana – le « regard profond » qui nous apporte la vision profonde et nous libère des souffrances et des afflictions. Mais la pratique de « shamatha » (l’arrêt) est fondamentale. Si l’on ne s’arrête pas, la vision profonde ne sera pas possible.

(Le Cœur des Enseignements du Bouddha – TNH)

Nos énergies d’habitude sont comme ce cheval emballé au galop qui emporte son cavalier à toute vitesse ; le cavalier ne peut plus rien faire pour arrêter le cheval et il ne sait pas jusqu’où il va aller ainsi, mais peut-être le cheval, dans sa panique et sa fureur, connaît-il le chemin à suivre ? Cette image d’un conte zen reflète notre état lorsque nous sommes emportés par nos pensées, notre oubli, nos émotions fortes qui finalement mènent notre vie à leur guise, et bien que nous ayons la volonté d’être en paix ou d’apporter la paix à nos familles, à nos parents ou à nos amis, nous agissons toujours selon ces énergies d’habitude qui génèrent la colère, la tristesse, la peur…

Nous avons besoin de la pleine conscience de notre corps, de notre respiration, de notre mental, pour mettre un terme à cette course effrénée, pour nous donner un peu de calme et être capable de sourire.

Propositions d'exercices.

1) Lire le chapitre 6 dans « le Cœur des Enseignements du Bouddha » (page 38)

« L’arrêt, le calme, le repos et la guérison »

2) Petits exercices sur l’arrêt à faire chez soi ou au travail :

A la maison : - si nous avons une petite cloche, nous pouvons l’inviter à nous ramener à notre respiration de temps en temps, en faisant trois inspirations et expirations, très légèrement, en suivant bien le mouvement de l’air qui entre et sort de nos poumons. (Nous pouvons utiliser aussi le téléphone ou n’importe quel évènement sonore).

  • Pendant l’arrêt de notre activité physique ou mentale pour effectuer trois respirations, nous pouvons laisser venir un demi-sourire sur nos lèvres qui nous apportera du calme et du repos.
  • Ou bien, profiter aussi d’une nouvelle fleur ou d’une nouvelle pousse toute verte, toute fraîche, de notre plante d’appartement, pour nous ramener à notre pleine conscience.

Au travail : - nous pouvons pratiquer l’arrêt en allant aux toilettes, en prenant le temps d’inspirer et d’expirer tranquillement pendant le trajet de son bureau jusqu’aux toilettes.

  • En se lavant les mains aux lavabos, lentement ouvrir le robinet et faire couler l’eau afin d’apprécier vraiment l’eau fraîche sur nos mains ; nos mains sont précieuses, l’eau aussi est précieuse pour notre vie.
  • En allant boire un café avec un collègue, même si physiquement nous ne pouvons peut-être pas nous arrêter, nous pouvons garder présente notre attention à la respiration, surtout en buvant le café : - j’inspire, je sais que je bois un café, j’expire, je sais qu’il y a un nuage dans mon café…

3) Savourer le bonheur de la pratique :

Pratiquer l’arrêt c’est pratiquer l’arrêt de nos énergies d’habitude, de colère par exemple :

  • Lorsque notre bien-aimé(e) rentre du travail avec beaucoup d’énergie négative telle que la colère ou l’énervement, lui donner simplement le temps d’arriver chez lui ou chez elle, lui donner le temps de pratiquer l’arrêt, le temps de la parole, et peut-être lui préparer une boisson chaude afin de s’assoir ensemble et observer ainsi un silence bienfaisant, au lieu de réagir trop rapidement et trop brutalement à une énergie négative. Pour cela, il faut soi-même être capable d’être vraiment là : « Chérie(e), je sais que tu es rentré(e) et j’en suis très heureux (heureuse). »

4) Le calme et le repos :

Si nous habitons tout seul, ou en famille, nous pouvons pratiquer le calme et le repos en rentrant de notre travail, et cela commence déjà dans les transports ou dans notre voiture : - si ma voiture va vite, je sais que je vais vite, et si tout est ralenti, voire à l’arrêt dans les bouchons, quelle joie de respirer sereinement ; - quand je prends les transports, nous sommes des milliers à le faire en même temps, telle une rivière humaine… joyeuse interdépendance.

En arrivant à la maison, après s’être rafraîchi, s’assoir quelques minutes en silence ou s’allonger à même le sol sur le dos, tel un chat qui se détend de tout son corps, et se laisser « couler » comme un caillou ou un galet jusqu’au fond de la rivière, sur le banc de sable.

5) Concluons par une méditation

- Lorsque je ressens la colère, qu’elle soit soudaine ou qu’elle grandisse par étapes entraînant des manifestations telles que palpitations, rougeurs, crispations, tremblements, etc.., je prends conscience de ma respiration, de mon corps, puis j’essaye de reconnaître cette colère pour ce qu’elle est : « Bonjour ma petite colère, je sais que tu es là », en essayant de ne pas réagir à vif à cette situation difficile, en acceptant le fait que je sois vraiment en colère.

- Pratiquer la marche méditative en inspirant et expirant à la fois profondément et légèrement, permet d’embrasser la colère en soi, tout comme on prend un bébé dans ses bras pour le calmer quand il souffre. Le fait de pratiquer la respiration consciente apporte calme et douceur, cela permet « d’embrasser » un sentiment douloureux.

- Puis, je regarde en profondeur d’où vient ce sentiment, afin de voir et comprendre, le ou les évènements qui sont la cause de ma colère pour mettre à jour clairement son origine, ses racines, et apprendre ainsi comment ne pas arroser à nouveau cette graine de colère.

(Il est conseillé de pratiquer la marche méditative, plutôt que de réagir à vif à une situation difficile).

« La méditation n’est pas une évasion, c’est une rencontre sereine avec la réalité » (TNH)

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Témoignage sur la méditation

Le rendez-vous matinal avec le coussin de méditation n'est pas systématique chez moi. J'en éprouve à chaque fois les bienfaits mais mon rythme de vie m'amène à me coucher assez souvent tard. Mon corps vieillissant a besoin de repos allongé et proteste au niveau des genoux et des hanches si je suis trop longtemps sur un coussin.

J'ai dû apprendre à comprendre la méditation autrement, ne pas la limiter à « je n'ai pas médité aujourd'hui » parce que je n'avais pas fait de méditation assise tout en évitant l'écueil d'une forme de complaisance dans une pratique dite « informelle ».
J'ai appris à accepter de mettre les mots de méditation en étant assise sur une chaise, en étant allongée, bref, en pratiquant ce que Thây nous enseigne dans son ouvrage Pratique de la méditation à chaque instant , ouvrage dans lequel la méditation assise n'occupe que quelques pages.

C'est tout un chemin de renoncer à l'attachement à une forme de méditation et d'être de plus en plus dans la conscience de la pratique dans les gestes de la vie quotidienne ; celle de s'arrêter et d'observer notre état physique et mental.
Être assis ne se résume pas à être sur un coussin, c'est aussi avoir l'esprit « assis ». Ce qui est vrai pour la méditation assise, l'est pour les autres formes de méditation et j'aimerais partager des expériences de méditation marchée.

Habituellement, en Sangha, lors des journées de Pleine Conscience, nous aimons, très légitimement, marcher dans un bel environnement, ressourçant, en contact avec la nature nourrissante.
Un jour, lors d'une journée de Pleine Conscience, nous étions dans un environnement très urbanisé. Nous n'avons pas fait le choix de prendre les voitures pour sortir de la ville pour pratiquer la marche méditative et à un moment, nous nous sommes retrouvés à traverser un parking d'hypermarché un samedi après-midi.
Marcher à un rythme normal, paisiblement, détendu, une expression de sourire sur le visage et...observer fut une expérience enrichissante.
Voir certaines personnes intriguées par notre attitude, ralentir un peu, se redresser en poussant le caddie, nous sourire parfois, nous a touchés.
Fort de cette expérience, un groupe de pratiquants de cette Sangha a souhaité recommencer cette pratique en plein centre d'une grande ville, un samedi après-midi. Nous avons beaucoup échangé sur comment cela pourrait se faire. En résumé, il nous fallait changer notre état mental, ne plus rechercher à avoir forcément un environnement porteur et ressourçant, mais nous mettre dans cette disposition d'esprit où nous avions quelque chose à partager, à offrir : notre paix, notre détente, notre sourire, et, nous « fondre » dans la foule.
Les participants ont résumé l'expérience sous les termes « c'était très fort, certaines personnes sont même venues vers nous pour nous demander un renseignement ». Néanmoins, nous éprouvons toujours la nécessité de marcher dans un environnement calme, naturel, nous permettant de nous ressourcer.
Nous reparlons parfois de cette expérience en disant qu'il faudrait recommencer...

Pour ma part, j'ai compris que je peux pratiquer la marche méditative dans beaucoup de circonstances, parfois pour recevoir et me ressourcer, parfois pour offrir, parfois simplement en étant présente, paisible et détendue là où la vie me fait poser mes pas.

Récemment équipée d'un outil qui, accessoirement sert de téléphone, j'ai téléchargé une application avec un joli son de cloche qui sonne tous les quarts d'heure. Il se promène avec moi en étant réglé sur le mode avion, et je suis comme une enfant espiègle qui expérimente son nouveau jeu. Ralentir au son de la cloche, observer que je « m'arrête » ou que je n'entends plus la cloche, l'entendre dans un magasin et me rendre compte de l'indifférence des autres clients…que d'enseignements !

Les Quatorze Versets de la Pratique de Méditation

Tout comme l’oiseau a deux ailes,

La méditation a samatha et vipasyana.

Telles les deux ailes qui battent à l’unisson,

Samatha et vipasyana vont ensemble.

Samatha consiste à s’arrêter,

Reconnaître, se mettre en contact,

Se nourrir, se guérir,

S’apaiser et se concentrer.

Vipasyana consiste à regarder profondément

Dans la nature des cinq skandhas

Afin de faire naître la vision profonde

Qui transforme toute souffrance.

La respiration et la marche attentive

Génèrent l’énergie de la Pleine Conscience

Qui nous permet de reconnaître les merveilles de la vie

Et de rester en contact avec elles.

Apportant détente et calme,

Cette énergie nourrit et guérit corps et esprit,

Protège les six organes des sens

Et maintient la concentration juste.

Le regard profond sur la réalité

Donne accès à la nature propre des choses,

Et aide à lâcher prise

De toute poursuite et de toute peur.

S’établir paisiblement dans le moment présent

Permet de transformer les énergies d’habitude,

De faire jaillir la vision profonde

Et de se libérer de toute affliction

L’impermanence est le non-soi.

Le non-soi est l’interdépendance.

Ils sont aussi vacuité, désignations conventionnelles,

Voie du milieu et inter-être.

La vacuité, la non-forme et la non-poursuite,

Appliquées dans la pratique quotidienne,

Libèrent de toute souffrance

Et font taire toute notion.

Le Nirvana est la non-obtention.

L’Eveil subit et l’Eveil graduel ne font qu’un.

Comprendre et réaliser cela,

C’est vivre librement dans l’instant présent.

Les soutras de base de la méditation

Comme le Soutra de la Pleine Conscience de la Respiration

Et le Soutra des Quatre Etablissements de la Pleine Conscience

Nous montrent la Voie

Aboutissant pas à pas à la transformation du corps et de l’esprit.

Les soutras et les sastras du Mahayana

Ouvrent de nouvelles portes

Et révèlent la profondeur

Du courant de la méditation originelle.

La méditation du Tathâgata et celle des patriarches

Ne devraient pas être séparées.

Les quatre nobles vérités doivent être vues les unes dans les autres

Pour être la fondation de la transmission.

Avec le soutien de la Sangha,

La pratique est plus facile à réussir,

Et le grand vœu d’aider tous les êtres

Plus vite réalisé sur la Voie.

Skandhas : agrégats – corps, sensation, perception, formation mentale et conscience.

Sastras : Enseignements du Bouddha qui sont systématisés et commentés par des patriarches.

Tathâgata : l’un des dix noms du Bouddha – celui qui ne vient de nulle part et qui ne va nulle part.

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Sixième message :

Avec ce message, nous terminons la « retraite d'hiver chez soi ». L’équipe d'enseignants monastiques et laïcs est heureuse d'avoir partagé un bout ce chemin sur la compréhension du Dharma. C'est un chemin que nous empruntons ensemble, en partageant nos expériences et notre compréhension, vous nous aidez à approfondir notre « vision » des choses. A travers ce travail collectif, nous nous découvrons et nous tissons des liens. Nous inter-sommes, merci de votre participation.

Les six Paramita, chemin de l’amour véritable

Sixième message de la retraite d’hiver 2014/2015 : Prajňa Paramita

Prajňa Paramita : la perfection de la Compréhension.

Le Cœur de la Compréhension Parfaite :(nouvelle version)

« Ecoute Shariputra,

Tous les phénomènes portent l’empreinte de la vacuité,

Leur nature véritable est ni naissance ni mort,

Ni être ni non-être,

Ni profane ni sacré,

Ni croissant ni décroissant.

Par conséquent dans le vide,

Le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience

Ne sont pas des entités autonomes séparées. »

« La Perfection de la Compréhension est la compréhension la plus élevée, libre des connaissances, des concepts, des idées et des vues. Prajňa est la substance de la bouddhéité en nous. C’est le genre de compréhension qui a le pouvoir de nous conduire sur l’autre rive, la rive de la liberté, de l’émancipation et de la paix. »

(Le Cœur des Enseignements du Bouddha (page 267) – TNH)

Lorsque nous avons une formation mentale telle que la tristesse, la colère, la joie ou la gratitude, et même si nous avons une addiction quelconque, ou bien encore une relation délicate avec une autre personne, nous pouvons utiliser les outils de la Perfection de la Compréhension qui propose la Sagesse, la Vision Profonde et la Compréhension.

En premier utilisons le regard profond qui permet de voir au-delà de la forme, au-delà de la première sensation, de la première perception que nous avons de tel ou tel évènement

Ce regard ainsi porté sereinement amènera la compréhension sur l’interrelation qui existe entre chaque élément, chaque être vivant, mais aussi entre chaque action que les uns et les autres, avons faites par le passé et qui ont une conséquence aujourd’hui dans le présent.

Puis vient ensuite la sagesse… quelle sagesse ? La sagesse de la non-discrimination, de voir les choses telles qu’elles sont réellement, la sagesse de ne pas agir sans conscience, nous laissant le temps d’appréhender au mieux une situation donnée pour être vraiment là, vraiment présent à nous-mêmes, à nos sensations et perceptions, à nos formations mentales, à notre conscience ; et de ce fait être présent pour tout notre entourage…

Propositions d'exercices.

1) Petits exercices sur le regard profond :

  • Contempler une fleur en voyant clairement tous les éléments non-fleur tels que le compost, la pluie, le soleil, le jardinier…
  • En buvant son thé ou son café, être conscient de boire un nuage…
  • En observant sa tristesse, sa souffrance, sa joie, sa gratitude, sa générosité..., voir combien cela n’a pas d’existence séparée, essayer d'en retrouver les racines faisant ainsi apparaître au grand jour leur origine, tel le marchand de graines qui étale toutes sortes de graines sur une table : - voici les grains de maïs, là les grains de blé, et ici les grains de riz, et là des grains de soja…(Images proposées par le Bouddha dans le soutra des Quatre Etablissements de l'Attention)

2) Le sourire de la compréhension :

  • Nous avons tous rencontré et vraisemblablement contemplé ce sourire de compréhension de la nature réelle des phénomènes que nous voyons sur un visage de Bouddha. Avons-nous remarqué que ce sourire n'est pas qu'un mouvement des lèvres ? Tout le visage y est engagé et le corps aussi.
    Nous pouvons nous installer face à une représentation de Bouddha pour contempler ce sourire, mais aussi nous laisser contempler par lui dans un mouvement de réceptivité, de l'esprit devenant vaste, d'ouverture à l'inconnu.
  • Dans la compréhension profonde nous ne choisissons pas de sourire, c'est le sourire qui nous choisit.

3) Pour développer notre compréhension

  • « Développer notre compréhension », c'est ce que chantent les enfants lors de la cérémonie des deux promesses.
  • Pour développer notre compréhension de l'interdépendance et de l'inter-être, nous vous proposons un exercice d'investigation:
  • Face à un objet (une chaise par exemple) un événement ou une rencontre avec une personne, posons-nous la question : Quelles conditions ont été nécessaires pour que ce phénomène existe ?
  • Sans oublier que le sujet observé et l'observateur inter-sont. Si nous voyons, c'est que nous avons des yeux, la vue et la conscience de voir ...

5) Concluons par une méditation

  • Observant l’origine de mes sentiments, de mes sensations, sans porter aucun jugement discriminatoire, j’inspire calmement, conscient de mon inspiration du début jusqu’à sa fin ;
  • Observant la source de ma colère, de ma tristesse, de ma joie, de ma gratitude...je vois toutes les personnes impliquées, moi-même y compris, j’expire profondément, conscient de mon expiration du début jusqu’à sa fin ;
  • Assis sur un coussin ou une chaise, ou allongé à même le sol, je contemple la boue dans laquelle je peux voir de nombreuses fleurs en devenir... et dans la fleur je peux voir la boue.

« Je contemple la fleur, et la fleur me sourit…

En regardant profondément un caillou, une fleur ou la joie, la paix, la tristesse ou la peur qui sont en nous, nous touchons la dimension ultime de notre être, et cette dimension va nous révéler que l'essence de notre être a la nature de la non-naissance et de la non-mort. »

TNH

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Témoignage sur la méditation

« Es-tu sûr ? » cette phrase de Thầy et l'enseignement qui l'accompagne ont été pour moi une clé, une véritable délivrance. Longtemps j'ai été admirative et envieuse devant ces personnes intelligentes qui avaient des idées et des opinions bien argumentées sur tout. Quand au fond de moi, j'entendais la réponse « je ne sais pas », je me sentais « bête », et pour essayer d'être à la hauteur, j'ai souvent fait semblant de savoir et...cela m'arrive encore.

« Es-tu-sûr ? » quelle belle phrase ! C'est un sésame qui m'a permis de m'ouvrir à beaucoup de domaines, je n'ai plus peur de me sentir «stupide». Avec l'aide de Wikipédia parfois, je fais plus facilement la part des choses face à ce qui est présenté comme une évidence ou une certitude. Je dis sans complexe « je ne sais pas »et je me suis rendu compte que la très grande majorité des personnes étaient plutôt contentes de me renseigner. Je constate avec bonheur que j'ai beaucoup plus de questions que de réponses et que cela peut être confortable et joyeux de « rester avec l'incertitude ».

Lors de la récitation des 14 Entraînements à la Pleine Conscience, nous pouvons lire dans le deuxième entraînement :

« La vérité est à trouver dans la vie, nous observerons à chaque instant la vie en nous, autour de nous pour apprendre tout au long de notre vie »

Voilà qui me ravit, notre cerveau est fait pour apprendre et je fais de mon mieux pour lui apporter de bonnes nourritures.

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